Parcours d'exposition – Made In I.E.A.C. Acte 9
dimanche 01 février 2026
Quatre artistes de l’Institut Européen des Arts Céramiques, à Guebwiller (68), nous font l’honneur de présenter leur travail au Moulin de la Blies.
Pour la neuvième fois, des élèves diplômés de l’I.E.A.C. présentent leur savoir-faire au public de Sarreguemines et de sa région, permettant ainsi de faire entrer de nouvelles esthétiques et sensibilités aux musées.
Entre expérimentations de matières et de formes, voici quatre œuvres de l’exposition que nous voulions mettre en lumière.
Miléna ZIATKOWSKI, Plateaux-paysages.
Au début ou à la fin de votre parcours, une œuvre interactive vous attend. Sur un socle, deux puzzles en céramique se font et se défont au gré des visiteurs, nommés « plateaux-paysages ». La forme des pièces est inspirée des montagnes : pour l’artiste Miléna, la montagne est un fil rouge dans son travail.
« D’abord imaginaire car je n’ai jamais vécu dans les montagnes avant 2016. La montagne est un moyen d’habiller l’horizon de mon nord natal. »

Avec cette œuvre, la volonté de l’artiste est également de permettre aux visiteurs de toucher la céramique et de l’appréhender afin de pouvoir jouer et créer avec elle : mélanger les morceaux, rassembler par contours. Les formes « découpées » sont déjà présentes dans l’œuvre qui inspira Miléna : Small Santa Monica and the Bay from the Montains, par David Hockney (1990), où les couleurs très vives qui s’affrontent définissent des formes très précises. Ici, l’œuvre reproduite a été simplifiée et reportée sur des plateaux d’argiles différentes.
« Certains plateaux sont "dessinés" à main levée, d’autres "décalqués". L’idée est d’obtenir des supports de textures et d’argiles différentes pour mes essais de couleurs, de cuissons et de créer des variations. »
Les plateaux-paysages n’attendent plus que vous !
Salomé LESAFFRE, Carrousel.
Cette œuvre-ci, pas question de la toucher ! C’est sans doute l’une des plus fragiles de l’exposition. Sa technique délicate est ce qui rend sa réalisation exceptionnelle. Il s’agit de porcelaine papier, un mélange de porcelaine et de cellulose qui confère à la matière une grande plasticité et légèreté, mais qui la rend très fragile.
« Cette pièce a constitué un véritable défi technique, en raison à la fois des contraintes propres à ce matériau et de l’ambition de l’œuvre en termes de taille, d'équilibre et de poids. »

Salomé confie que le processus de réalisation a été long et laborieux, nécessitant par exemple jusqu’à quatre cuissons différentes pour les chevaux ! Mais si chaque élément constituait un défi technique, « c’est précisément cet aspect expérimental et exigeant » qui lui a plu dans cette pièce.
Et si vous avez l’impression que cette œuvre ressemble à une robe, c’est une bonne observation. Salomé s’est inspiré du textile, en tant que matériau, et des costumes de théâtre de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle pour le concept et la forme, notamment ceux portés par Jeanne Myro ou Maud Allan.
« Ces costumes, souvent riches en perles et en ornements, jouent parfois avec la limite entre architecture et vêtement. La femme y devient alors davantage un support qu’un véritable sujet incarnant le costume, celui-ci pouvant se révéler contraignant. »
En plus de proposer une réflexion sur l’expression du corps de la femme, cette œuvre tente également d’incarner le mouvement. Le manège est « miniaturisé à l’échelle du corps », les chevaux se suivent et nous savons qu’ils ont, d’ordinaire, pour fonction de tourner. Arrêtez-vous un instant devant l’œuvre de Salomé et laissez-vous emporter par sa poésie !
Justine PLAISANCE, The Floor is Lava
Face au Carrousel, une autre œuvre issue de l’imaginaire de l’enfance se remarque par ses couleurs et ses écailles. Un tronc à piques, six membres à pattes à la Godzilla, The Floor is Lava montre une créature à la fois familière et nouvelle. Alors que le jeu pour enfant du même nom a pour objectif d’éviter le sol qui serait couvert de lave dès que quelqu’un crie « le sol est en lave ! », Justine souhaitait présenter ici une créature formée de lave s’extrayant des profondeurs de la terre.
« La difficulté a été de réussir à positionner les membres afin de donner une illusion de mouvement, pour asseoir l’idée d’une créature qui se déplace. »

Pour donner ce mouvement, l’artiste a utilisé la technique du pastillage qui consiste à ajouter sur la surface d’une pièce des éléments d’argile modelés séparément, comme des petites pastilles.
« J’ai modelé et collé chaque élément un par un sur la pièce. Ces derniers évoquent des écailles, des pics, ou encore des flammes. »
Cette multitude de matière a nécessité près de deux mois de séchage avant de pouvoir être cuite, ce qui est conséquent ! C’est un véritable monstre d’argile, rendu vivant par un émail vif : du rouge à l’orange et jusqu’aux teintes plus sombres, favorisant l’image de la lave encore en fusion. Quant à la texture granuleuse et brillante, qui nous donne l’impression d’écailles, elle a été rendue possible par l’ajout de sable.
Cette œuvre est la première sculpture de grande taille réalisée par Justine.
Sophie Jollain, Éclat 3.
Sophie nous propose une sculpture céramique interprétative. Éclat 3 est issue d’un ensemble inspiré du mythe grec d’Érysichthon : ce héros a commis le sacrilège d’attaquer le bois sacré de Déméter. La déesse décide de se venger en le condamnant à une faim insatiable, qui le conduit à s’autodétruire.
« Cette œuvre ne figure pas son corps, mais l’un des éclats nés de l’acte de destruction de l’arbre sacré. »

Ici, l’immatérialité du mythe rencontre la technique céramique : la colère d’Érysichthon éclabousse le socle ras de terre en flaques d’émail. Devenue organique, l’humeur se répand sur terre : beige, rose, verte et laisse de petites gouttelettes sur son chemin.
« Éclat 3 est une réflexion sur la responsabilité humaine face à la nature et les conséquences de sa destruction. »
L’exploration de l’intensité de la tragédie fait partie de la démarche artistique de Sophie qui souhaite imprimer ces émotions directement dans la matière et ainsi la rendre vivante : ici, l’émail coule et s’enfuit, il est donc en mouvement. Sans doute enrichit de son doctorat en chimie, l’artiste nous propose une vision où l’homme, l’animal et le végétal fusionnent dans un processus de métamorphose rendu d’autant plus éloquent par les autres sculptures de l’artiste qui l’entourent.
Pour en savoir plus sur les quatre artistes exposées, venez visiter l’exposition « Made In I.E.A.C., Acte 9 » au Moulin de la Blies jusqu’au 19 avril 2026, et retrouvez-les sur les réseaux sociaux.

