L'art déco s'invite à table
Des lignes droites, des figures géométriques, un style épuré… L’art déco s’invite à table à Sarreguemines !
Après les difficultés liées à l’Annexion et malgré un contexte international instable dans l’entre-deux-guerres la famille Cazal, à la tête de l’entreprise depuis 1920, s’attache à poursuivre l’œuvre de ses prédécesseurs en redonnant à la Faïencerie de Sarreguemines le prestige qui était le sien à la fin du 19ème siècle.
Il est indispensable, pour cela, de s’adapter aux nouveaux besoins, nés des changements sociétaux apparus durant ces Années folles et de se démarquer de la concurrence, toujours très vive sur le marché de la céramique en matière d’art de la table.
Ces nouvelles valeurs s’expriment également dans les arts décoratifs avec l’apparition d’une esthétique plus moderne caractérisée, entre autres, par des motifs floraux et animaliers stylisés, par des figures géométriques et des formes épurées. Le développement de ce style – que l’on dénommera depuis les années 1960 « Art déco » –, est possible à la Faïencerie de Sarreguemines grâce à une conjoncture particulièrement favorable dans le domaine technique, esthétique, commercial et administratif.
Pour diversifier l’offre, les faïenciers sarregueminois ont pu largement bénéficier de l’esprit moderniste parisien qui se développe durant la période de l’entre-deux-guerres. Des artistes de renom collaborent en effet avec la manufacture en proposant des formes ou de décors inédits, parfois avant-gardistes, qui sont ensuite adaptés et reproduits en série par les dessinateurs industriels employés par la Faïencerie. La créativité de ces derniers, associée aux nouvelles méthodes publicitaires et commerciales encouragées par Edouard Cazal, contribuent au développement et à la diffusion des différentes expressions du style Art déco dans la production de vaisselle courante à Sarreguemines.
L’Art déco à Sarreguemines
Le développement du style Art déco à la Faïencerie est favorisé par l’apparition de la décoration au pochoir et à l’aérographe, idéale pour réaliser des juxtapositions d’aplats colorés et des dégradés de couleurs sur des formes simples et géométriques. On doit l’introduction de l’aérographe à la Faïencerie de Sarreguemines à Georges Herrmann, chef de l’atelier de décoration, qui l’aurait découvert à l’Exposition universelle de 1900.
Au sein de cet atelier, les faïenciers rivalisent de créativité pour proposer sans cesse de nouveaux décors, suivant l’évolution du style sur la scène des arts décoratifs parisiens.
L’innovation concerne également les formes. Parfois inspirées des créations d’artistes de renom, elles doivent avant tout s’adapter aux contraintes de la production en série et à la décoration au pochoir, afin de garantir la maîtrise des coûts de production.
La collaboration avec Jean Luce
Tissés en 1935 dans le cadre de la réalisation des services de table pour le Paquebot Normandie de la Compagnie Générale Transatlantique (C.G.T.), les liens entre Jean Luce et la Faïencerie de Sarreguemines se développent de façon effective à partir de 1936. Avec la volonté ferme d’introduire la modernité à la table du plus grand nombre, la manufacture passe commande de nouveaux services de table à l’artiste malgré le coût élevé et le risque commercial qu’implique la création des formes inédites.
Issus de leur collaboration, les nouveaux services aux lignes épurées rencontrent un grand succès commercial et deux d’entre eux sont exposés dans la vitrine de la Faïencerie à l’Exposition de 1937. Cependant, d’autres modèles plus radicalement novateurs, tels que le service à thé empilable ou la cafetière à filtre intégré, sans doute trop en avance sur son temps, n’auraient pas un écho immédiat. Dans l’après-guerre, la manufacture sarregueminois et l’artiste parisien se réunissent de nouveau pour équiper les tables du paquebot France de la C.G.T.
La diffusion de la production Art déco
Dès le milieu du 19ème siècle, de profondes mutations révolutionnent le monde du commerce : les petites boutiques thématiques laissent place à des bâtiments aux dimensions spectaculaires et à l’architecture novatrice. Dès lors, placer sa production dans les rayons de ces grands magasins et l’afficher dans leurs catalogues devient indispensable pour toute manufacture qui souhaite toucher une nouvelle clientèle. La Faïencerie de Sarreguemines n’y échappe pas : elle profite de la renommée de ces magasins pour écouler son stock habituel ou met en production des décors spécifiques, à la demande de ces enseignes et en fonction de leurs stratégies commerciale et artistique.
La Faïencerie est également en mesure de répondre à des commandes spécifiques et ainsi associer son image à une marque reconnue. Cela permet aussi de toucher - dans certains cas – la clientèle haut-de-gamme de la marque qui pourrait bien devenir, à terme, la leur également…
DES SOURCES D'ARCHIVES MECONNUES VOIRE INEDITES
Les Musées de Sarreguemines disposent de peu d'archives pour documenter l'histoire de la Faïencerie et de ses différentes usines. Dans le cadre de cette exposition, certaines sources méconnues - voire inédites - sont mises en valeur.
Jean Cazal, directeur de la Faïencerie de Sarreguemines dès 1928 puis PDG du groupe "Faïenceries de Sarreguemines, Digoin et Vitry-le-François" jusqu'en 1970, tenait quotidiennement un journal qui permet de mieux appréhender sa gestion de l'entreprise. L'équipe des Musées a sélectionné pour vous un passage rédigé entre la fin du mois d'août 1939 et le début de l'année 1940, lors de l'évacuation de la ville et de la Faïencerie.
Avant lui, d'autres cadres ont pu rédiger des carnets évoquant leur quotidien à l'exemple de l'ingénieur Charles Chérix, qui décrit précisément les innovations mises en place entre 1899 et 1935 ( visuel ci-contre).
Découvrir l’exposition en famille
Un parcours à faire en toute autonomie
L'exposition est ponctuée de totems et de niches, construites spécialement pour l’occasion et dont le design reprend les codes de l’Art déco. Les niches renferment des objets qui peuvent être manipulés, observés sous toutes leurs coutures pour mieux comprendre les caractéristiques de l’Art déco. Les totems, quant à eux, cachent des petits jeux et des énigmes ludiques.
A divers endroits de la salle, des jeux ont été disposés pour découvrir en s’amusant les formes et les décors élaborés par la manufacture au 20ème siècle. Seul ou en équipe, petits et grands pourront se défier pour reconstituer les productions les plus emblématiques et les décors géométriques. Un petit coin lecture abrite également quelques revues pour enfants sur cette thématique.
Les mercredis et dimanches au musée « Publicitaire d’un jour »
Les enfants deviennent, le temps d’un atelier, des publicitaires chargés par un grand magasin de promouvoir les nouveaux produits. Ils choisiront leur pièce préférée dans l’exposition, en feront la publicité pour la mettre en valeur auprès de leur clientèle. Une visite-atelier imaginée pour les enfants dès 8 ans, accompagnés d’un adulte.
Une programmation culturelle spécifiquE
La Nuit des Musées / Samedi 23 mai de 18h à 00h - Musée de la Faïence et Moulin de la Blies
Dans le cadre de la manifestation nationale « Nuit des Musées », l’équipe des Musées vous proposera de découvrir sous forme de visites « flash » d’une durée de 15 minutes environ chacune, plusieurs facettes de l’exposition temporaire sur les deux sites.
Conférence sur l'archéologie industrielle / Dimanche 31 mai à 15h - Moulin de la Blies
Pierre Fluck, universitaire et spécialiste de l’archéologie industrielle, proposera une conférence au Moulin de la Blies le dimanche 31 mai à 15h pour présenter cette discipline qui allie l’archéologie, l’ingénierie, la préservation historique, la technologie et l’urbanisme. A partir d’exemples locaux et nationaux, il évoquera la particularité du site de l’usine 4. Une présentation de l’exposition temporaire par l’équipe scientifique des Musées précédera cette conférence.
Les Journées Européennes du Patrimoine / Samedi 19 et dimanche 20 septembre - Musée de la Faïence et Moulin de la Blies
Les Journées européennes du Patrimoine ont pour thématique cette année le « Patrimoine en péril ». Une occasion parfaite pour mettre en valeur le site de l’Usine 4, son histoire et les projets de réhabilitation pour ces 33 ha situés au coeur de la Ville. L’équipe des Musées proposera des visites commentées de l’exposition au Musée de la Faïence et au Moulin de Blies et un circuit en ville, sur les traces de la Faïencerie dans l’espace urbain…
Visite-conférence / Dimanche 1er novembre à 15h - Moulin de la Blies
La commissaire de l’exposition vous propose une visite commentée au Moulin de la Blies, qui évoquera la vie du site depuis la fermeture de l’Usine et les choix stratégiques qui ont été faits pour la préservation de certains éléments du patrimoine. La visite sera suivie d’une conférence d'un artiste graffeur et chercheur indépendant en sciences et techniques, auteur d’une fresque sur le site de la friche.
Visite commentée / Dimanche 6 décembre à 15h au Musée de la Faïence
Pour profiter encore des derniers jours de l’exposition, l’équipe des Musées vous propose une visite commentée au Musée de la Faïence, pour retracer les multiples vies qu’a pu connaître ce haut lieu de la production industrielle à Sarreguemines.
DECOUVRIR L'EXPOSITION AVEC SA CLASSE
Des visites et ateliers spécifiques à destination des scolaires ont également été mis en place autour de l’exposition, en lien avec la pratique de « l’URBEX » (exploration urbaine), largement répandue sur le site depuis la fermeture de l’usine.
Au Moulin de la Blies, après une visite de l’exposition temporaire en compagnie d’un médiateur du patrimoine, les élèves seront invités à rejoindre les ateliers de production du Moulin de la Blies afin de décorer un carreau ou une assiette à la manière des graff retrouvés sur le site de l’Usine 4. Des pochoirs seront mis à disposition pour accompagner la réalisation des décors à l’aide de poires de projection et de pinceaux spécifiques. Une manière originale de se familiariser avec cette pratique artistique et de découvrir la friche des Faïenceries sous un nouvel angle… (Dès 10 ans)
Au Musée de la Faïence, les élèves seront pris en charge par un médiateur du patrimoine pour découvrir l’histoire de l’usine 4 et les transformations du site au cours du 20ème siècle en fonction des conjonctures politique et économique ou de l’évolution des goûts de la clientèle.
REMERCIEMENTS
La Ville de Sarreguemines adresse ses plus vifs remerciements à tous ceux qui, à divers titres, ont apporté leur aide et leur soutien dans la préparation de l’exposition « L’Art déco s’invite à table », en particulier :
Mme Sung Moon Cho, co-commissaire de l’exposition et auteur d’une thèse de doctorat en histoire de l’art intitulée La céramique et la verrerie de table en France à l’époque de Jean Luce, 1910-1960 : de la conception à la réception des œuvres, sous la direction de Jean-Yves Andrieux. Paris, Sorbonne, 2020.
Les prêteurs
Paris, musée des Arts décoratifs / Le Musée d’art et d’histoire Paul Eluard, Saint-Denis / Le Musée de l’Ecole de Nancy / Le Musée Lalique, Wingen-sur-Moder / Roubaix, La Piscine – Musée d’art et d’industrie André Diligent / Le Musée national Adrien Dubouché, Limoges / French Lines & Compagnies (Le Havre) / La Bibliothèque Forney (Paris) / La Bibliothèque historique de la Ville de Paris / Le Centre national du cinéma et de l’image animée / L’association « Sarreguemines Passions » / L’association des « Amis de la Faïence de Sarreguemines » de Riedisheim (68) / La famille de Jean Luce / Monsieur Jean-Luc Deckert / Monsieur Henri Gauvin et Madame Nicole Gauvin / Monsieur Olivier Omnes
Les personnes ou institutions ayant mis à notre disposition de la documentation
Le Musée de la céramique de Digoin / Les Archives municipales de Sarreguemines / Les Archives départementales de la Moselle / La cité de l’architecture et du patrimoine
AUTOUR DE L'EXPOSITION...
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Découvrez aussi le flyer et le journal de l'exposition.













