Le panneaux « Chilpéric »

Les panneaux décoratifs commencent à être produits par les ateliers de la Faïencerie de Sarreguemines dans les années 1880. C’est à cette période que nous situons la réalisation de ce panneau représentant Chilpéric, roi mérovingien à la tête du royaume de Neustrie (de 561 à 584) et petit-fils de Clovis.

Panneau décoratif « Chilpéric »
Vers 1880-1890, faïence fine, majolique
D’après Eugène Grasset (1845-1917), Faïencerie de Sarreguemines
Acquis en 2006 avec le concours du FRAM (Fonds Régional d'Acquisition des Musée) de Lorraine.

Présenté en 2011 au Musée des Beaux-Arts de Lausanne (Suisse), à l’occasion de la rétrospective consacrée à l’artiste « Eugène Grasset. L’art et l’ornement ».

 

De forme circulaire (80 cm de diamètre), le panneau est encadré de bois foncé et à liseré doré. Chilpéric est présenté en buste, tourné de ¾, dont le regard baissé est dirigé vers le spectateur et accentué par les plis de ses rides. Cet angle nous permet de voir un roi richement vêtu d’un manteau rouge à col vert brodé (rendu grâce à de fins reliefs de matière), d’un collier de grosses perles, d’une boucle d’oreille en or large et d’une couronne sertie de pierreries encerclées de dorure. Elle est rendue imposante par la largeur du bandeau, ainsi que par sa couleur foncée qui contraste avec le fond bleu clair.

Le fond est également riche de décors : frise de vagues, de figures de loups stylisées et de motifs géométriques, tels qu’un décor de frette composé de motifs de quinconces[1] et de svastikas[2], ou encore des croix de différentes formes.

Nous devons cette œuvre à la Faïencerie de Sarreguemines, qui l’a réalisée à partir d’un carton signé Eugène Grasset. Artiste d’origine suisse (Lausanne), il s’installe à Paris, à Montmartre, en 1871 et manipule très tôt les motifs d’inspiration médiévale pour la réalisation de mobiliers notamment. Par la suite, il devient collaborateur de la Faïencerie de Sarreguemines : un vase de la ligne Revernay (produit dans la succursale de Digoin ; 1896), qui lui est attribué, est visible dans la vitrine de la « Céramique d’Art », au premier étage du Musée de la Faïence.

 

Ébauche du panneau « Chilpéric »
Vers 1880, crayon et aquarelle sur papier, Eugène Grasset

 

Bien connu par ailleurs en tant qu’illustrateur et affichiste, Eugène Grasset illustre ici un thème dont le sujet et le traitement est très représentatif du goût de la seconde moitié du 19ème siècle. En effet, l’Europe est traversée par les découvertes archéologiques, de cette discipline née au siècle précédent, ainsi que par la création de multiples sociétés d’histoire et d’archéologie. Chaque pays européen désire découvrir son passé et cherche sa propre antiquité, qui égalerait les antiquités grecques et romaines, dans un contexte d’expansions nationalistes et coloniales. En France, on découvre les traces des Celtes et des Gaulois, mais aussi des Mérovingiens, dont les tombes sont fouillées par Eugène Viollet-Le-Duc en 1859 à Saint-Denis : ils sont alors vus comme les ancêtres de tous les Français, dans un pays où les frontières évoluent énormément notamment lors des conquêtes napoléoniennes.

Eugène Grasset enrichit son œuvre de toutes ces découvertes et de la production scientifique qui en découle : il tire sans doute son inspiration des bijoux, des couronnes et des motifs retrouvés sur les sites de fouilles, ce qui le distingue d’autres artistes avant lui.

Toutefois, si ces motifs sont documentés, ils laissent également la place à une représentation fantasmée, où les références historiques et archéologiques disponibles à l’époque sont réutilisées de manière ornementale, quitte à recréer une esthétique qui n’a jamais existée au temps du sujet traité. Les motifs utilisés n’ont ainsi jamais été présentés de cette manière au temps des Mérovingiens. Nous avons ici une recréation typique du 19ème siècle qui cherche à faire revivre des styles passés dans le goût de son siècle, qui se veut ici particulièrement expressif.

Détail du panneau : la technique de la majolique permet de créer des effets de brillance en accrochant la lumière par un faible relief de la glaçure colorée.

  

Pour en savoir plus sur la technique liée à ce panneau et l’importance d’Eugène Grasset sur l’art dans l’industrie, une fiche complète vous attend dans la salle de la « Céramique d’Architecture », au premier étage du Musée de la Faïence.

 

 

 

 

[1] Ensemble de cinq points dont quatre forment un carré et dont le cinquième occupe le centre.

[2] Motif de croix crochetée qui indique, par son dessin, un mouvement de rotation. Il est apparu en Eurasie il y a plusieurs milliers d’années et est présent dans de nombreuses cultures antiques et modernes comme motif de bien-être et de prospérité.